L'histoire d'Europe N°1 en toute transparence !

Publié le par borneo

                Aux USA, enfer Libéral s'il en est, les archives les plus secrétes "classées secret défense", sont mises à la disposition des citoyens au bout de 25 ans. C'est ainsi que John Lennon a -ton appris était considéré comme un "agitateur" par les agences de renseignement. On s'en serait douté et il n'y avait nul besoin de pratiquer  la rétention d'information aussi longtemps.
 
                Notre pays pratique quant à lui, le camouflage et la destruction systématique de ses archives. Si bien que 50 ans aprés un événement historique, il est pratiquement impossible d'y voir clair. Pourtant à l'heure de l'internet et de Google, on pourrait imaginer trouver assez facilement l'iinformation historique.

                C'est ainsi que suite aux critiques de François Bayrou sur le monopole des médias aux mains de groupes vivant de la commande publique, j'ai voulu m'intérésser à l'histoire d'une radio Europe N°1 dont le Grand Manitou Jean-Pierre Elkabach, homme de confiance du propriétaire Arnaud Lagardére, lui-même intime du candidat Nicolas Sarkosy, cumule la  fonction dans l'audio-visuel publique, de PDG de la chaine parlementaire.

                Confusion des genres qui ne semble possible que dans notre beau pays.

                En premier lieu, nous apprenons, par le Quid, qu'un certain Charles Michelson est à l'origine de la création d'europe N°1.
                1949 Charles Michelson [(1909-2002) ; d'origine roumaine, en France depuis 1930] avait obtenu en 1939 du gouv. français la concession de l'exploitation d'un émetteur à Tanger (projet arrêté par la guerre). Il obtient en compensation une option pour la concession de l'exploitation de la télé à Monte-Carlo et fonde la SA monégasque Images et Son. 1952-27-6 le gouv. sarrois transfère le monopole d'exploitation de la radiotélévision à une Sté d'État, la Sté sarroise de radiodiffusion, en précisant dans les statuts que les associés ne pourraient être que la France (30 %) et la Sarre (70 %). Cette Sté accorde à son tour à une nouvelle Cie, la Sté sarroise de télévision, filiale d'Images et Son, la concession pour 50 ans d'un émetteur TV et d'un émetteur radio de 400 kW en Sarre. 1954 principaux actionnaires d'Images et Son : RBV Radio-Industrie (450 millions de F) ; Sté monégasque de banque et de métaux précieux ; Louis Merlin et ses associés, Thomson-Houston.

                     Mais le gouvernement ne veut pas de cet homme-là et donc le bébé va "tomber" dans les bras de Sylvain Floirat.
                      Sachant que la radio établit son siége dans les anciens locaux parisiens de "Radio-free-Europe", il y a là peut-être une piste.

Le même Quid nous apprend donc que " l'État français demande à Sylvain Floirat (1899-1993), P-DG des établissements Breguet, de reprendre RBV-Radio-Industrie en dépôt de bilan. -Oct. Floirat constitue la Sté d'exploitation, de constructions, d'outillage et d'électronique (capital 50 millions de F) et entre ainsi à Images et Son ; 1956-juillet il devient propriétaire d'Images et Son détenu par la Sté monégasque de banque ; 1957 le capital est réparti entre lui (35 %), RBV en règlement judiciaire (34 %), Thomson-Houston (10 %) et des petits porteurs".

                      Sylvain Floirat sera à l'origine de la création de Matra, et il fera de Lagardére Jean-Luc le Pére son successeur.
                         Quand on évoque  le nom de Sylvain Floirat, les moteurs de recherche  demeure trés discret,  et aucune  étude  sérieuse ne surgit à son sujet.  Pourtant  à un  moment ,  le  nom  semble associé  aux trafics de Piastres  de la Guerre d'indochine.  L'industriel  ayant bati sa fortune  à cette époque avec la création d'une compagnie aérienne Aigle Azur et la vente dit-on de toiles d'avion (pour ses derniéres, c'était peut-être Prouvost, autre roi des médias de la République dont le groupe Marie-Claire est associé avec l'Oréal, ou Boussac  (l'Aurore") va savoir ! dont "héritera" Bernard Arnaud).

                         Le groupe Lagardére héritera in fine de la privatisation de la SOFIRAD, société d'Etat gérant les biens audio-visuels "privés" de l'Etat.

                         Un article du Monde diplomatique nous décrit bien ce petit monde

Mais revenons à Sylvain Floirat, le pére reconnu d'Europe N°1

Bernard Langlois 20 Mars 2003 nous en dit un tout petit peu plus dans Politis à l'occasion d'un éditorial
 "  un vieux bonhomme à l'accent rocailleux de paysan périgourdin en mal d'héritier. Sylvain Floirat avait fait sa fortune pendant la trouble période de la guerre d'Indochine. Trafic de piastres, disait-on. Il avait réinvesti dans une petite boîte d'industrie militaire (Matra)......la piastre , en question ici, était l'unité monétaire de l'Indochine française frappée par la Banque d'Indochine qui couvrait l'Inde et l'Asie-Pacifique. Cette monnaie avait un cours de change administrativement lié au franc, un peu comme le franc CFP ou le franc CFA. Un des buts officiels était de décourager la spéculation monétaire.

Connu aussi sous le nom de Trafic de piastres, ce soit-disant "scandale des piastres" ou encore "Affaires des piastres" était une de ces nombreuses fantaisies franco-françaises financières avec le Scandale de Panamá, dont la Troisième République et la Quatrième République n'ont pas eu le monopole. Ce "scandale des piastres" de 1953-1954 a eu plusieurs avantages dont l'un était celui de permettre aux uns et aux autres de rejeter mutuellement leurs responsabilités quant aux échecs dans la Guerre d'Indochine, à l'intérieur des hiérarchies et des échelons de la hiérarchie militaire à ceux de la hiérarchie politique."

Ce "trafic" fonctionnait comme suit : (j'ai égaré le lien du paragraphe suivant)

   1. De France, expédier des choses en Indochine. Recevoir des piastres en Indochine, conformément à la valeur théorique de l'expédition (par exemple, des tracteurs).
   2. faire constater sur place la réalité de l'expédition. En jouant sur les catégories douanières, il n'était même pas nécessiare d'acheter le douanier : un tracteur reste un tracteur... même si c'est une relique rouillée et inutilisable, qui ne justifie pas le prix payé, elle justifie quand même l'envoi.
   3. avec le certificat douanier, obtenir un précieux certificat administratif permettant de convertir en métropole les piastres en francs, à un taux avantageux.
   4. envoyer les piastres en métropole, et les convertir en francs
   5. empocher son bénéfice, payer les « tracteurs », et envoyer la quantité suffisante de francs en Indochine pour acheter des piastres au cours normal (la quantité reçue au départ).
   6. parallèlement, la banque de France assure l'équilibre en renvoyant les piastres en Indochine et en rapatriant les francs. À perte.
  
   Le Général Cogny remplace le Général de Linarès. Le Président Eisenhower a annoncé que la France ait reçu des USA 60 millions de dollars US pour la Guerre d'Indochine, dans la transformation de sa guerre coloniale en "croisade anticommuniste" avec son slogan de la "Défense de l'Occident sur le Rhin et le Mékong".

René Mayer, Président du Conseil, met fin au "trafic des piastres" en portant leur taux (fixé officiellement depuis 1945 à 17 francs à 10 francs pour éviter une spéculation, les États associés du Cambodge, Laos et Viêt Nam n'étaient pas consultés en violation des accords du 8 Mars 1949 et des accords de Pau de 1950)


                            Le trafic de Piastres semble justement un sujet interdit, un de ses lourds secrets que la République entend celer à jamais. Google ne nous apprends rien sinon qu'une commission parlementaire fut constitué  le 2 juillet 1953 et que le 12 Décembre de la même année,  L'Assemblée nationale décide de tenir secrets les travaux de la commission d'enquête sur le trafic des piastres.

                            C'est donc à ce Sylvain Floirat que la République exigea qu'échoit la radio Europe N°1 fondé par Michelson. Mais pourquoi donc, ne voulait-on pas de Michelson ? Je ne suis pas parvenu à l'établir, sinon que Gaulliste, MRP, socialistes et radicaux se disputaient déjà le contrôle des médias. 
A Robert Bichet député démocrate-chrétien (MRP) de Seine-et-Oise de 1945 à 1958 et sous-secrétaire d'Etat à l'Information du gouvernement Bidault de juin à décembre 1946,initiateur de la loi du 2 avril 1947 "relative au statut des entreprises de groupage et de distribution des journaux et publications périodiques "succédera François Mitterrand.


 Samuelson semble avoir été le candidat des radicaux, de Georges Mandel trés précisément et d'un certain François Mitterrand, son ministre de l'information.  Michelson  finançait  par la publicité  sa radio et le principal annonceur  de l'époque était  l'Oréal.  C'est le seul  lien ténu  que j'ai trouvé.  Il se trouve  que  l'Oréal  posséde  une filiale  monégasque  et  que justement  Michelson  est aussi à l'origine de la création de  Téle Monte Carlo,  opération  ou il était associé avec le Prince Rainier.

                             Mais nous devons aussi le standard 819 lignes à François Mitterrand ,
20 novembre 1948: l'arrêté Mitterrand (ministre de l'information) fixe le standard français à 819 lignes : mais l'émetteur à 441 lignes doit poursuivre ses émissions jusqu'en 1958.

C'est RBV-RI (Robert Burdy-Vorms et Radio Industrie : les deux sociétés ont fusionné à la fin de décembre 1953) qui apporte la totalité du matériel des deux télévisions dont la direction sera assurée pat l'ingénieur Henri de France, gendre d'Armand Vorms et surtout inventeur du <<819 lignes>>. L'entrée de RBV-RI, société française, et le choix du <<819 lignes>> sont, dans l'esprit de Michelson, des atouts de poids vis-à-vis du gouvernement qui souhaite la promotion des <<procédés français de télévision>> et ne devrait plus faire obstacle à son projet.
                               RBV-RI est un des associés fondateurs de Europe N°1 et de la Télé monégasque.

                               On apprend aussi que pour favoriser la nouvelle télévision, le gouvernement avait décidé de ne pas équiper la région Sud et Marseille d'emetteurs de la télévision d'Etat, abondonnant le marché au "privé".

                            L'essentiel de ce que l'on peut savoir en définitive repose sur le seul site de Jean Michel Gomez sur la principauté de Monaco

                         Sachant que RBV-RI sera repris par un autre associé de "l'entreprise Samuelson", Thomson-Houston lequel sera absorbé par Bull, célébre gouffre financier des finances publiques, on se trouve à travers la naissance mouvementée d'Europe N°1 devant une bien belle histoire illustrant  le fonctionement de notre République. Et encore, je n'ai pas tracé tout l'aspect "Régie publicitaire", sans doute l'un des plus passionants du dossier. Nous ménerait-il jusqu'à Séguéla ?

                         Il ya un un autre nom qui apparait, dans ce dossier Maurice Ulver, un ministre de l'industrie dont Google nous apprends rien. L'Etat de la recherche politique en France est bien navrant. Et l'on prétend que nous sommes un pays d'intellectuels !
                         Nos historiens comptent me dit-on les téléviseurs de maniére tatillonne. Et bien la compagnie de Samuelson en avait acheté 600 pour répartition dans la zone de diffusion. Voilà qui devrait suffire à les satisfaire.

                      Pour mieux comprendre le contexte de l'époque, il n'est pas inutile de prendre connaissance de l'histoire de Radio Andorre, il faut cliquer en bas de pages pour naviguer d'année en année.

                      La saga Europe N°1 nous trace  donc l'histoire de cette République éternelle qui se perpétue de Floirat en Lagardére, de Boussac en Bernard Arnault , de Prouvost en Hersant puis  Dassault.

                      C'est pourquoi cet article rentre dans une nouvelle catégorie que j'ai intitulé Le Futur n'a pas d'Avenir. Comme officiellement il n'a pas d'Histoire.

                  

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Daniel Sauvaget 27/08/2007 12:36

Texte passionnant, bonne recherche, utile - mais un problème de méthode. En effet on ne peut pas se documenter uniquement via google, ou yahoo, etc. lorsqu'il s'agit d'informations relativement anciennes, années 50 et 60 par exemple - surtout lorsqu'il s'agit de la France.
L'article de Bernard Langlois cité est un bon exemple : l'auteur a visiblement consulté des sources écrite. On ne peut faire une recherche pleinement satisfaisante en restant devant son ordinateur. L'information papier est encore indispensable - notamment sur les scandales de la IVème république, la fin de l'Indochine française, les radios et télévisions privées périphériques (ex. l'histoire de la radio et de la TV par Christian Brochand, volume 2 - beaucoup d'infos, quoique insuffisantes sur Floirat).
Pardonnez le ton prof de ce commentaire - continuez, merci
 
 
 
 

JFdP 01/01/2007 16:20

C'est vraiment passionant. On en redemande!A l'époque, j'ai très bien connue Simone Floirat Wayaffe. Fille de. et mariée à Hubert Wayaffe animateur à .....Europe 1. Le chateau de Théméricourt à Pontoise leur appartenais, une merveille.L'histoire à Tanger mérite egalement elle aussi qu'on s'y attarde, car le pricipal émeteur Marocain est MEDI1, émanescence elle aussi d'un propriètaire Français dont le nom m'échappe (Pierre quelque chose), mais qui a eu un temps la direction de RMC.Les dossiers de la république sont insondable de coups tordus et de tractation entre gens de pouvoir. Cela n'est pas nouveau. Et tu as raison de comparer le principe Américain et le notre. Une fois encore ce n'est pas à notre avantage. Bonne année.