On continue le debriefing: les leçons du Net sur l'influence des blogs, et de quelques erreurs de diagnostics.

Publié le par borneo

Dans la campagne qui vient de s'achever, quelle aura été la place du Net et des bloggers ?

Les professionnels des médias traditionnels se sont rassurés et ont rapidement criés victoire à l'annonce du résultat de l'élection par rapport a ce nouveau concurrent , le web qu'ils ne parviennent pas à contrôler et qu'ils tiennent pour favorable à la contestation. C'était reconnaître combien ils avaient soutenus, à l'exemple d'Apathie, le candidat de la droite décomplexé.

Ils ont tellement méprisés ce média que dans les études d'opinions, ils ont même négligés la plupart du temps de poser la question, alors même que chaque grande intervention télévisée donnait lieu à une mesure d'audience.

Première constatation, Il ne faut pas confondre le Web et les Tribunes en ligne.

 Les SMS, les Mails, Les blogs à caractère privé et les messageries constituent le vecteur le plus puissant, épaulé par les créations vidéos, les animations flash, et Power Point, les musiques et chansons, la caricature politique.

Cette partie là est relativement bien maîtrisée par les agences de communication qui entouraient les candidats. Mais la génération spontanée de contenus par les internautes leur échappe totalement.

De manière générale, ce tube là véhicule soit des messages plutôt trash de pure propagande ou de désinformation soit des messages représentatifs de la contre-culture du siècle avec pour seul mot d'ordre, faire passer, faire circuler.

 C'est un média qui anonymise facilement l'émetteur sauf s'il a une  action soutenue, qui se souvient du nom des groupes antillais qui ont produits des hymnes à la gloire de l'un ou de l'autre des candidats ?
C'est le nouveau Clairon de l'Appel au combat. Il a pratiquement éclipsé l'utilisation des supports papiers, tracts et affiches.

Cette diffusion à un caractère quasi privé dans la mesure ou elle se réalise en direction du carnet d'adresses personnelles de chaque émetteur. Elle donne un cachet d'authenticité au message alors même que le transmetteur n'est que rarement l'auteur principal, le plus souvent il lui apporte une touche sémantique plus adaptée à son propre cercle. La majorité des blogs doivent être classés dans cette catégorie. Leurs auteurs n'ont pas pris la peine de se référencer et la fréquentation est limité au cercle restreint des amis et de la famille.


C'est encore à ce canal là que l'on doit sans doute l'importante mobilisation constatée, l'affluence aux réunions électorales, l'audience record des grandes émissions télévisées et la participation au vote élevée, notamment chez les jeunes. Mais c'est un canal invisible qui échappe pour l'essentiel à l'oeil des observateurs ce qui leur permets de conclure sans doute hâtivement à la neutralité du Net dans la campagne. Appelons cette zone du réseau : le Web privé.


Reste donc à considérer par opposition le Web public, l'apport des médias traditionnels en ligne, des Tribunes en ligne, je l'expliquerai et des auteurs de commentaires.

 Là encore, les apparences sont trompeuses. On a coutume d'entendre l'Ode à la Liberté qu'apporterait le Net.
C'est tout le contraire. C'est le média de la défiance. Des citoyens eux-mêmes.

On est tout d'abord  surpris du faible nombre d'auteurs de commentaires (à ne pas confondre avec le nombre de ces commentaires), même sur les Tribunes les plus fréquentées. Une cinquantaine tout au plus pour les blogs les plus en vues dont un tiers sont des proches ou des fans de l'auteur, un tiers des rédacteurs de blogs par ailleurs qui ont donc déjà assumés eux-mêmes une exposition et pour les blogs politiques, parmi le tiers restant, il ne faudra pas négliger les pigistes de l'autre camp en service commandé.

Résultat, le citoyen Lambda se manifeste peu sans doute qu'il se méfie d'un réseau qu'il croit assurément sous surveillance et pourquoi ne pas le dire avec quelques raisons. Et voilà une invisibilité qui vient renforcer encore le diagnostic de la faiblesse du Net dans l'élection.

 Dans ces conditions, on se demande que viennent faire les appels à la moralisation et l'encadrement de l'internet alors que n'acceptent réellement de s'y exprimer qu'une catégorie relativement étroite d internautes.
Revenons en premier lieu sur la notion tout a fait fausse de blogs dont abusent les analystes et par laquelle, ils s'induisent eux-mêmes en erreur. Les journaux, les prescripteurs divers, certains sites spécialisés dressent périodiquement des listes de blogs politiques ou non réputés influents ou de quelques intérêts. Ils trompent leur monde.

Ces blogs sont en effet rien d'autres que des tribunes en ligne pour la plupart, un nombre important d'entre eux s'écartant en outre quant à la présentation, l'esthétique et les fonctionnalités du blog standard.
Leurs auteurs ont recherchés et obtenus un référencement important  par l'exploitation de leurs carnets d'adresses, les échanges complaisants de liens, une introduction parfois ancienne dans les médias traditionnels. Dans leur majorité, ils présentent une carte de visite qui donne crédit à leurs écrits et conforte leur notoriété.

Classons ceux-ci par commodité en quatre catégories, sachant que toutes autres classements ou  subdivisions seraient aussi sinon plus pertinents.

Les professionnels du commentaire, les stagiaires,  apprentis et would-be

                    Journalistes et professionnels des médias, auteurs, essayistes, spécialistes et experts en tout genre tiennent désormais Tribunes sur le Web. Ils y retrouvent une forme de liberté en regard de l'inévitable formatage de leurs médias d'origine quand ils n'en ont pas été écartés, le 2'33'' radio, ou les 500 mots de leurs colonnes. L'exercice leur permets en outre de prendre position  en tout cas, ils y ont succombés en majorité, parfois en contradiction avec leurs objectifs d'origine. Forts critiques avec les médias et l'organisation professionnelle, cédant parfois aux querelles de Chapelle, c'est d'eux que nous vient le diagnostic bien vite posé que le Net est le lieu d' expression d'une défiance envers les médias.   

Les professionnels de la communication, les stagiaires  apprentis et would be.

                    Ceux ci nous viennent en majorité du privé, utilisent la formule en faisant preuve le plus souvent d'une plus grande maîtrise de l'outil au point que bien souvent la forme prend le pas sur le fond. Leurs interventions ont pour objet d'établir leurs notoriétés, d'étoffer leurs listes de contact, et de leurs ouvrir des portes. Ils font donc preuve d'une prudence de Sioux, mais l'auto-censure est un exercice difficile et certains se sont, à l'insu de leur plein gré, laisser surprendre dans l'expression d'une opinion. J'aurais la discrétion de ne citer personne. Les entreprises qui recrutent seraient bien avisées de diriger leurs choix vers la catégorie évoquée en dernier. Mais il est vrai que nous ne sommes pas aux States.

Les Tribunes militantes.
                    Leurs qualités s'est élevés au cours de la campagne. La plupart de leurs auteurs ignoraient en phase de lancement l'utilisation qu'ils leur faudraient faire de leurs tribunes en missions contrôlées. Ils ont donc dans l'ensemble repris en refrain la voix de leurs maîtres, ce fut particulièrement vrai pour les militants  rattachés aux divers courants des éléphants du PS. Et singulièrement pénibles s'agissant de ceux qui s'alignaient sur les deux ringards Strauss-Kahn et Fabius. La défaite de leurs couleurs devaient par la suite leur rendre une liberté de ton que l'on peut saluer.
Le militant Sarkosien demeura de bout en bout un inconditionnel exécutant à la lettre les ordres du comité des fans, prouvant par là sa dévotion aux valeurs maison:  travail et discipline.
Ségolénistes et Bayroutistes s'efforcérent de faire preuve d'initiatives, les militants d'extrême gauche  se lancérent en masse dans la critique et l'auto critique constructives sur les ruines de leurs espérances.

Les Tribunes des fureteurs et voltigeurs.

                Ce furent de loin les plus passionnantes, nonobostant le fait dit le gendarme qu'elles furent les moins exposées. Leurs auteurs ne disposent pas des relations et des réseaux des premiers, leurs compétences ne sont pas reconnues ou ils exercent hors du domaine de celui-ci, Claude Allégre traitant du Climat ?, non, je gallége :-) . Ce sont les vrais hérauts du Web, les vrais créateurs, les observateurs intègres que rien ne prédisposaient à ouvrir les yeux et les oreilles comme ils le firent. Certains sont parvenues à l'orée de la notoriété comme le Monolecte ou Ron l'infirmier. En réalité, ils furent les seuls à témoigner par leur présence de tous ces lecteurs et acteurs invisibles du Web privé.

                On remarquera que ceux-ci laissaient parfois poindre le lobe d'une oreille virtuelle, le bout d'un nez 3D sur les sites ne sollicitant ou ne publiant ni l'adresse électronique, ni un lien vers un site personnel et leur laissant croire à une moins grande traçabilité de leurs interventions. Et ce sera sans doute notre conclusion : sur le Net comme ailleurs, la Parole autorisée fait LOI.     

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Pierre 02/06/2007 19:23

L'europe avec Nicolas Sarkozy!

wolfy 15/05/2007 17:50

Je pense que les blogs n'ont qu'une influence limitée dans le contexte évoqué, mais ils en ont une de même que les débats télévisés entre deux candidats au poste suprème : celle de conforter chacun dans ses opinions !

borneo 16/05/2007 09:50

J'ai cependant constaté des changements d'opinions, des évolutions et pas des moindres.Voir Guy Birenbaum appelant à voter par exemple !